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Mars 08 : Printemps des Poètes

Page actualisée le 7 avril 2008.   Des échos de la soirée en bas de page.


"D'un jardin l'autre"
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14 mars 2008

POETES-ECLAIRES.jpg Pour l'édition 2008 de Printemps des Poètes dont le thème était L'éloge de l'Autre, L'Hippocampe nous a réunis sous une tente plantée au milieu des jardins autogérés du 56, rue Saint-Blaise (Paris, 20e), pour une soirée de lectures avec Cécile Oumhani et Habib Tengour.
En deuxième partie de soirée, le groupe vocal Eko-Eko nous a emmenés loin et haut autour du monde avec ses chants venus des quatre coins de la nuit.


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Ecouter l'extrait "Diagana Pavillon" du groupe Eko EKo :

 



Avec le soutien du Centre National du Livre, de la DRAC IDF et en partenariat avec l'Atelier d'Architecture Autogérée (AAA) et la librairie Equipages (61, rue de Bagnolet, Paris 20e).

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A la suite de cette soirée, nous avons reçu deux textes .
Celui D'Emma Dunia:

Je continue mon journal de mots.

Je note ceux du jour.

  « Nedjma, ouvrait ses yeux…. » Kateb Yacine  

Face à l’Arbre aux bourgeons …      Je lis la première

Page,                                       …        de la « gravité de l’ange ».

Habib Tengour                        …        nous a soulevés … hier soir,

De sa voix rieuse & grave        ….       Le temps d’une lecture

Dédiée à l’Eloge de l’Autre.

 
Sous une demi lune, dans un jardin entre chien et loup.

Dans ce jardin,

Il a mêlée sa voix à celle

D’une Autre,

Cécile Oumhani.

Une femme multiple et « franco-anglo-tunisienne »…

  Tous les deux, ensemble

dans la transmission

Devant nous,

Qui étions enfants – petits et grands-

Assis, debout…

et dans l’écoute…. Car,  
Les sons venaient de partout.  
Pourtant, nous n’étions là que pour leurs deux voix.
Il manquait celle de Jacques.  
D’autres mots, d’autres sons
Ont été joués et mêlés
A leurs vibrations d’homme et femme.
Les râlements et les rires d’enfants petits et très grands.
Les véhicules au loin – juste-à-côté :  
La rue St Blaise
A cette heure,
Un vendredi soir,
Retentit des rires joyeux des jeunes hommes et jeunes femmes qui
S’appellent
Pour se retrouver…

Celles et ceux, avec leurs liens téléphoniques…
Sms et appels en direct.
Ceux qui préfèrent jouer ---R- aux petits lions
Avec leur scooter
Et leur Cliozupijo…

  Ce soir-là, une belle incandescence enveloppait le jardin et ses alentours.

 


  Et

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Celui de Marlène Soréda:

 

Une affiche annonçait l’arrivée du Printemps et de la poésie près de chez moi. Au numéro 56 de la rue Saint-Blaise, un certain Hippocampe associé à d’autres bonnes volontés, prévoyait pour le 14 mars 2008 : la lecture de leurs textes par trois poètes – Cécile Oumhani, Habib Tengour, Jacques Rancourt ; un concert coloré du groupe Eko Eko ; une entrée libre et gratuite ; un buffet campagnard… Mazette ! Un coup d’œil sur le lieu où allait se dérouler la soirée me laissa supposer que la catégorie « folie douce » n’avait pas tout à fait été engloutie par la grande folie furieuse qui me semble houspiller sans cesse les doux, les mous, les  lents, ceux qui ne rêvent pas chaque matin en se rasant de devenir pharaon ou empereur, peut-être parce que la force d’attraction sans cesse les ramène au ras du bitume ou de la terre des chemins et que c’est de là que s’élèvent leurs rêves.

Le 56 de la rue Saint-Blaise me semblait exercer une attraction particulière sur ces espèces menacées. Serait-ce l’effet du génie du lieu ? Je me le suis demandé. On raconte qu’autrefois il y eut un passage, d’une rue à une autre. On le boucha. Derrière le grillage à grosses mailles l’ancien chemin vécut sa métamorphose en terrain vague, devenant sans le savoir un lieu à haute teneur poétique, espace de rencontres improbables : celles d’un pigeon souffreteux et d’un sommier métallique, d’un téléviseur dénudé et d’un lit d’épluchures, d’un lambeau de satin et d’une tige d’herbe folle – tout un petit peuple qui avec les « chats libres » et les rats du quartier devait s’agiter les nuits de pleine lune. (Pour être honnête, je précise que j’écris tout ça aujourd’hui, après la dernière métamorphose du 56, mais que la teneur poétique de ce terrain pas très vague et assez sinistre, m’avait longtemps tout à fait échappé).

Vinrent des professionnels du raccommodage de tissu social. C’est ainsi. On doit tout réapprendre. Respirer. Eprouver. Rêver. Se parler j’en passe. Depuis que le passage ne menait plus nulle part, personne n’avait pris possession de ce lieu vague. Et puis il y eut des architectes, quelques femmes et quelques hommes de bonne volonté, le désir irrépressible pour les ruraux frustrés que nous sommes de regarder pousser de l’herbe, bref, le 56 devint jardin partagé et lieu de rencontres.

Le 14 mars, venue aider avec un épluche-légumes et une amie plasticienne, je vis se tendre des bâches, se déployer des tapis, se dérouler des lampions. C’est le moment où l’on apprit que l’un des trois poètes, Jacques Rancourt, était empêché, où les treize membres de la troupe, les deux poètes, et toutes lesdites bonnes volontés s’écrasaient un peu les pieds en essayant d’éviter les plantations de fèves, primevères et autre verdure.

L’attribution de chaque activité n’était pas très clairement définie, ni le rôle de chacun. C’est alors que l’on vit monter et descendre le long de l’escalier en bois les victuailles destinées au « buffet campagnard », saladiers tenus à bout de bras par ceux qui ne demandaient qu’à rendre service sans savoir quel était le saint de service à qui se vouer. Chaque idée paraissait lumineuse, oui en bas c’est très bien, mais en haut c’est beaucoup mieux, là sous l’escalier c’est parfait, non c’est dégueulasse, oui mais là haut ce sera bien, mais en bas ce sera là, il y avait bien des planches pour poser tout ça, mais non, les planches c’est pour les livres apportés par le libraire et de monter et de redescendre… Bref, la démocratie pour ceux qui la servent, ça commence souvent comme un film de Buster Keaton.

Des enfants, des voisins, des amis entraient, s’asseyaient sur les palettes de bois brut ou les quelques sièges disparates. Soudain, les lumières se sont éteintes, il n’y eut plus que les ribambelles de petites bougies dans leurs lumignons colorés, et dans ce décor nomade, une femme et un homme, assis l’un près de l’autre, venus lire quelques-uns de leurs textes. Les yeux clos, c’est une voix que j’entends, des mots séparés se déposent, portés par une ligne monocorde qui à chacun donne sa chance – un doute m’effleure, il faudrait écouter mieux, écouter comme on lit, mais je ne sais pas, alors j’écoute et tout se lie, le décor, la voix, le micro qui tient mal, les mots sur un lit de cailloux, le silence des présents.

Quand j’ouvre les yeux et regarde là-haut, c’est à n’y pas croire. Entre les deux murs dressés, très exactement au centre du rectangle de ciel, au creux d’un léger nuage, la lune est là – et son merveilleux sens de l’à-propos : c’est sous forme de croissant qu’elle se donne ce soir.



 

 


 


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Juillet 2008, L'Hippocampe sur Radio libertaire _____________________________________________________________________________________________________
Dominique Dussidour, lue par Laurent Grisel.    
 
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