L'Hippocampe associé est une association loi de 1901.
Elle a pour objet de favoriser les pratiques culturelles dans la cité et la fréquentation des créateurs et des oeuvres.
De ce fait, elle constitue un lieu-ressource pour toute institution dans le cadre de l'action culturelle et de l'éducation artistique. (Extrait des statuts)
L'Hippocampe est ancré à Paris 20°, mais il sait aussi nager dans d'autres eaux.
Pageactualisée le 7 avril
2008. Des échos de la soirée en bas de page.
"D'un jardin
l'autre"
14 mars
2008
Pour l'édition 2008 de Printemps des Poètes
dont le thème était L'éloge de l'Autre, L'Hippocampe nous a réunis sous une tente plantée au milieu des jardins autogérés du 56, rue Saint-Blaise (Paris, 20e), pour une soirée de lectures
avecCécile Oumhani etHabib Tengour.
En deuxième partie de soirée, le groupe vocal Eko-Eko nous a emmenés loin et haut autour du monde avec ses chants venus des quatre coins de la nuit.
Ecouter l'extrait "Diagana Pavillon" du groupe Eko EKo :
Avec le soutien du Centre National du Livre, de la DRAC IDF et en partenariat avec l'Atelier d'Architecture Autogérée (AAA) et la librairie Equipages (61, rue de
Bagnolet, Paris 20e).
A la suite de cette soirée, nous avons reçu deux textes .
Celui D'Emma Dunia:
Je continue mon journal de mots.
Je note ceux du jour.
« Nedjma, ouvrait ses yeux…. » Kateb Yacine
Face à l’Arbre aux bourgeons … Je lis la première
Page,
… de la « gravité de l’ange ».
Habib Tengour … nous a
soulevés … hier soir,
De sa voix rieuse & grave …. Le temps d’une lecture
Dédiée à l’Eloge de l’Autre.
Sous une demi lune, dans un jardin entre chien et loup.
Dans ce jardin,
Il a mêlée sa voix à celle
D’une Autre,
Cécile Oumhani.
Une femme multiple et « franco-anglo-tunisienne »…
Tous les deux, ensemble
dans la transmission
Devant nous,
Qui étions enfants – petits et grands-
Assis, debout…
et dans l’écoute….Car,
Les sons venaient de partout.
Pourtant, nous n’étions là que pour leurs deux voix.
Il manquait celle de Jacques.
D’autres mots, d’autres sons
Ont été joués et mêlés
A leurs vibrations d’homme et femme.
Les râlements et les rires d’enfants petits et très grands.
Les véhicules au loin – juste-à-côté :
La rue St Blaise
A cette heure,
Un vendredi soir,
Retentit des rires joyeux des jeunes hommes et jeunes femmes qui
S’appellent Pour se retrouver…
Celles et ceux, avec leurs liens téléphoniques… Sms et appels en direct.
Ceux qui préfèrent jouer ---R-aux petits lions
Avec leur scooter
Et leur Cliozupijo…
Ce soir-là, une belle incandescence enveloppait le jardin et ses alentours.
Et
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Celui de Marlène Soréda:
Une affiche annonçait l’arrivée du Printemps et de la poésie près de chez moi. Au numéro 56 de la rue Saint-Blaise, un certain Hippocampe associé à d’autres
bonnes volontés, prévoyait pour le 14 mars 2008 : la lecture de leurs textes par trois poètes – Cécile Oumhani, Habib Tengour, Jacques Rancourt ; un concert coloré du groupe Eko Eko ; une
entrée libre et gratuite ; un buffet campagnard… Mazette ! Un coup d’œil sur le lieu où allait se dérouler la soirée me laissa supposer que la catégorie « folie douce » n’avait pas tout à fait
été engloutie par la grande folie furieuse qui me semble houspiller sans cesse les doux, les mous, les lents, ceux qui ne rêvent pas chaque matin en se rasant de devenir pharaon ou
empereur, peut-être parce que la force d’attraction sans cesse les ramène au ras du bitume ou de la terre des chemins et que c’est de là que s’élèvent leurs rêves.
Le 56 de la rue Saint-Blaise me semblait exercer une attraction particulière sur ces espèces menacées. Serait-ce l’effet du génie du lieu ? Je me le suis demandé.
On raconte qu’autrefois il y eut un passage, d’une rue à une autre. On le boucha. Derrière le grillage à grosses mailles l’ancien chemin vécut sa métamorphose en terrain vague, devenant sans le
savoir un lieu à haute teneur poétique, espace de rencontres improbables : celles d’un pigeon souffreteux et d’un sommier métallique, d’un téléviseur dénudé et d’un lit d’épluchures, d’un
lambeau de satin et d’une tige d’herbe folle – tout un petit peuple qui avec les « chats libres » et les rats du quartier devait s’agiter les nuits de pleine lune. (Pour être honnête, je
précise que j’écris tout ça aujourd’hui, après la dernière métamorphose du 56, mais que la teneur poétique de ce terrain pas très vague et assez sinistre, m’avait longtemps tout à fait
échappé).
Vinrent des professionnels du raccommodage de tissu social. C’est ainsi. On doit tout réapprendre. Respirer. Eprouver. Rêver. Se parler–j’en passe. Depuis que le passage ne menait plus nulle part, personne n’avait pris possession de ce lieu vague. Et puis il y eut des
architectes, quelques femmes et quelques hommes de bonne volonté, le désir irrépressible pour les ruraux frustrés que nous sommes de regarder pousser de l’herbe, bref, le 56 devint jardin
partagé et lieu de rencontres.
Le 14 mars, venue aider avec un épluche-légumes et une amie plasticienne, je vis se tendre des bâches, se déployer des tapis, se dérouler des lampions. C’est le
moment où l’on apprit que l’un des trois poètes, Jacques Rancourt, était empêché, où les treize membres de la troupe, les deux poètes, et toutes lesdites bonnes volontés s’écrasaient un peu les
pieds en essayant d’éviter les plantations de fèves, primevères et autre verdure.
L’attribution de chaque activité n’était pas très clairement définie, ni le rôle de chacun. C’est alors que l’on vit monter et descendre le long de l’escalier en
bois les victuailles destinées au « buffet campagnard », saladiers tenus à bout de bras par ceux qui ne demandaient qu’à rendre service sans savoir quel était le saint de service à qui se
vouer. Chaque idée paraissait lumineuse, oui en bas c’est très bien, mais en haut c’est beaucoup mieux, là sous l’escalier c’est parfait, non c’est dégueulasse, oui mais là haut ce sera bien,
mais en bas ce sera là, il y avait bien des planches pour poser tout ça, mais non, les planches c’est pour les livres apportés par le libraire–et de monter et de redescendre… Bref, la démocratie pour ceux qui la servent, ça commence souvent comme un film de Buster Keaton.
Des enfants, des voisins, des amis entraient, s’asseyaient sur les palettes de bois brut ou les quelques sièges disparates. Soudain, les lumières se sont
éteintes, il n’y eut plus que les ribambelles de petites bougies dans leurs lumignons colorés, et dans ce décor nomade, une femme et un homme, assis l’un près de l’autre, venus lire
quelques-uns de leurs textes. Les yeux clos, c’est une voix que j’entends, des mots séparés se déposent, portés par une ligne monocorde qui à chacun donne sa chance – un doute m’effleure, il
faudrait écouter mieux, écouter comme on lit, mais je ne sais pas, alors j’écoute et tout se lie, le décor, la voix, le micro qui tient mal, les mots sur un lit de cailloux, le silence des
présents.
Quand j’ouvre les yeux et regarde là-haut, c’est à n’y pas croire. Entre les deux murs dressés, très exactement au centre du rectangle de ciel, au creux d’un
léger nuage, la lune est là – et son merveilleux sens de l’à-propos : c’est sous forme de croissant qu’elle se donne ce soir.