Thème 2: La 36ème heure
Le sommeil du juste
Magali Tardivel-Lacombe
En faisant la queue à la caisse de la supérette, Danièle pense déjà au bon petit vin qu’elle ouvrira ce soir, sans raison particulière, juste pour le plaisir de s’offrir une soirée avec un peu de jazz. Et puis, diable, elle l’a tout simplement bien méritée, cette douceur ! Après une journée où sa main l’a encore fait souffrir le martyre, où la cadence de couture a été particulièrement élevée (la Saint-Valentin approche et les demandes en dessous, comme chaque année, vont au moins doubler en l’espace d’une semaine), où elle a fumé deux cigarettes par pause, où elle s’est pris le bec avec sa jeune péronnelle de collègue qui, avec ses airs de ne pas y toucher, fait celle qui a tout vu, tout entendu – bref, après tant de fausses notes, la détente n’est pas un caprice.
Elle remercie distraitement la caissière, ramasse la monnaie et sort. Avant de prendre le chemin de son immeuble, elle pose les sacs par terre pour mieux les agencer. Puis, parée à faire les quelques mètres jusqu’à chez elle, elle prend une inspiration, dit à voix haute « C’est bon, on y va » et se met en route. Tête droite et regard décidé, elle se sent, à cette minute précise, entièrement disposée au monde.
Un peu honteuse de ses absences de plus en plus fréquentes, elle n’y peut cependant rien : parfois, surtout quand la douleur de sa main frôle l’insupportable, au point qu’elle jurerait qu’un rat affamé la ronge de l’intérieur, elle se met en veille, comme un appareil électrique, capable sans y penser d’ouvrir une porte, de descendre un escalier, de fermer un robinet, de glisser une baleine entre deux morceaux de tulle, d’allumer une cigarette. Dans ces moments-là, elle perd conscience de ce qui l’entoure, et l’on peut même la toucher ou lui adresser la parole sans qu’elle s’en rende compte.
Elle s’immerge alors dans des souvenirs de jeunesse, qui lui rappellent qu’autrefois, elle a cru que le monde lui appartenait. Danièle a entrecoupé sa vie professionnelle de longues pauses : chaque fois qu’elle a rassemblé l’argent pour un billet d’avion, elle est partie. Ça a été la Chine, et aussi l’Argentine, et plusieurs fois le Québec, où elle a laissé un cœur brisé qui continue à lui écrire. Elle a toujours voyagé seule. Souvent, ses amis lui ont proposé de dactylographier ses lettres de voyage, pour qu’elle en garde une trace. Mais elle n’en a pas besoin : tout est consigné là-dedans, dans sa boîte ronde, comme elle dit.
Désormais proche de la soixantaine, même si elle se sent toujours l’âme frondeuse et le cœur prêt à l’aventure, ce n’est plus pareil. Son corps, qui s’émaille de toutes parts comme une vieille baignoire mise au rebut, commence à déclarer forfait. S’il avait résisté davantage, elle aurait continué. Mais elle a dû se résigner à être un peu plus sage. Résolution toute relative, puisqu’elle projette, au printemps, d’aller retrouver son plus ancien amant, au Québec. Après l’avoir rencontrée, il s’était promis, comme dans les romans fleur bleue, que ce serait Danièle ou personne. Et Danièle, la fille de l’air, a préféré faire sa route seule, tout en gardant un contact suivi avec cet homme pour lequel, malgré tout, elle a beaucoup d’estime. Le Québec, donc. Mais finie la cordillère des Andes, fini le Tibet, fini le Cap Nord. Quand la douleur n’irradie pas son bras gauche du bout des ongles jusqu’à l’omoplate, ce sont ses dents qui se réveillent et lui rappellent qu’il faudrait bien, un jour, retourner s’allonger sur le fauteuil verdâtre du dentiste. Il y a aussi ses foutues insomnies, contre lesquelles elle ne lutte plus mais qui, certains jours, l’asphyxient aussi sûrement que de pleines bouffées de chloroforme.
En rentrant chez elle ce soir, elle ne pense à rien de tout cela. La douleur de sa main reste somme toute raisonnable, ses dents se sont fait oublier, sa nuit a duré cinq heures ininterrompues – autant dire que, malgré les rudesses du travail, elle se sent bien. À sa sortie de la supérette, il lui a semblé que quelqu’un avait allumé la lumière dans la ville. Le ciel, pourtant, s’appuie bien bas sur les immeubles, et la nuit mettra encore du temps avant de s’installer et d’être éclairée par les réverbères. Mais elle ressent toujours cette impression de luminosité soudaine lorsqu’elle redevient disponible à ce qui l’entoure, à tel point qu’elle a tendance, depuis quelque temps, à faire exprès de s’absenter, juste pour ressentir l’agréable sensation de se réveiller au beau milieu de la rue et des gens.
Avec une acuité accrue, elle voit donc ces nuages massifs, ces bagues étincelant dans la vitrine du bijoutier, cette file d’attente à la poste qui déborde sur le trottoir, cette silhouette en forme de sept tirant par la laisse un chien à bout de forces, ce jeune homme qui dort la bouche ouverte dans sa voiture, d’un sommeil aussi profond qu’incongru à ce moment de la journée. Distinguer tout cela avec une précision horlogère et sentir qu’elle enregistre chaque détail dans sa mémoire lui procure une joie sincère, doublée par celle d’avoir enfin atteint sa porte d’entrée.
En montant les escaliers d’un pas tranquille pour ne pas arriver trop essoufflée à son sixième sans ascenseur mais avec vue sur le cimetière du Montparnasse, elle s’avoue que, malgré tout, un petit quelque chose ne va pas. Une ombre au tableau, dirait un peintre – une couille dans le potage, affirmerait-elle sans ciller pour déstabiliser un interlocuteur non averti. Quand elle atteint enfin le dernier étage, les poumons renâclant d’avoir tété trop de nicotine, elle a mis le doigt sur la cause de son malaise : le jeune homme dans sa voiture. Il lui est presque intolérable de voir quelqu’un dormir du sommeil du juste, ou plutôt quelqu’un être capable de s’assoupir n’importe où et n’importe quand. Toujours, un léger vertige vient lui rappeler à combien de reprises elle s’est levée les nuits dernières, et le nombre dérisoire de fois où elle a dormi plusieurs heures d’affilée. Le malaise vient certainement de plus loin encore, mais elle n’est pas disposée à y penser. Un anonyme surpris en flagrant délit de sommeil ne va tout de même pas lui gâcher sa soirée ! Surtout qu’elle vient de recevoir au courrier ses billets d’avion pour le Québec et qu’elle a ensuite découvert, en fouillant son placard à vin, une petite merveille de Cabernet Sauvignon de 1998. Elle n’a plus la moindre idée de la provenance de ce trésor, mais elle compte bien lui offrir un digne baptême du verre.
Les courses rangées, les stores baissés, elle sort quelques bougies, les allume avec les dernières flammes essoufflées de son briquet, vérifie la transparence d’un verre à pied qu’elle pose sur la table et enclenche la lecture d’un disque de Billie Holiday. Le temps que le vin s’aère et que les bougies saupoudrent la pièce d’orangé, et tout sera parfait. Elle autorise même son frère à faire une brève apparition dans sa mémoire, même si le moment n’est pas aux regrets éternels mais à la jouissance de l’instant. Tout compte fait, elle ne mangera rien, l’appétit coupé par les trop nombreuses cigarettes de la journée. Et aussi, la flemme de faire encore travailler ses mains fatiguées. Elle n’en comblera que mieux son éternel creux d’une heure et demie, une fringale qui a pris l’habitude de se déclarer aussi ponctuellement que la sonnerie d’un coucou, pour trancher l’ennui de la nuit dans le lard – sans jamais réussir, pourtant, à l’attaquer en plein cœur et à l’anéantir, cette lassitude nocturne.
Pendant des années, Danièle a cherché à attirer le sommeil vers elle. L’homéopathie et les somnifères en doses de rhinocéros, la musique traditionnelle andine et les berceuses enfantines, le décompte de moutons récalcitrants et la projection de paysages verdoyants sur son plafond, le yoga et les exercices respiratoires, le tilleul, la camomille et le cognac, le repos forcé sur le dos, sans bouger, en comptant jusqu’à 300 et plus : ruses et séduction ont échoué, comme autant de flèches de bois sur un char d’acier. Elle a même dans ses affaires un appareil d’hypnose, une sorte de disque sur lequel est peinte une spirale bigarrée et qui, quand on le branche, tourne de plus en plus lentement. Malgré le ridicule de l’objet, elle s’était dit que, pourquoi pas, cela pourrait l’aider et, le plus sérieusement du monde, après avoir lu la notice et préparé l’installation préconisée, elle s’était lancée dans une séance d’autohypnose. Elle s’en était tirée avec une grosse migraine dont elle n’avait réussi à se débarrasser qu’au bout de deux jours. Depuis, même si Carine, une collègue hypersomniaque – qui, quant à elle, dort douze heures par nuit en semaine et quinze en week-end – lui a conseillé l’acupuncture, elle ne croit plus être capable de recoudre les lambeaux d’un sommeil qui, chaque nuit, se déchire un peu plus.
Le lendemain, à six heures, la sonnerie de son réveil extirpe Danièle du mauvais sommeil qui a fini par daigner venir, à quatre heures et quelques. La cafetière crachote ses dernières gouttes quand Danièle, engluée dans les restes d’un rêve désagréable, pose les pieds par terre. Chaussée d’une seule pantoufle, l’ensommeillée se traîne jusqu’à la cuisine et avale une tasse de café noir. La douche n’a pour effet, comme d’habitude, que de crever la bulle trouble aux remugles de tanière qui l’entoure chaque matin. Humide et frissonnante, elle sent la lavande en sortant de la salle de bains, mais n’en reste pas moins hébétée de fatigue. Elle aurait presque envie de trouver un emploi de nuit, qui lui permettrait, enfin, de dormir tout le jour, même si elle pressent que Morphée, avec une espièglerie qui frôle la cruauté, ne trouverait rien de mieux que de s’échapper vers les premières heures de la nuit, celles où il lui faudrait commencer à travailler. Nue, les épaules à moitié couvertes d’une serviette de toilette, un pied toujours sans chausson, elle retourne boire quelques gorgées de café, avant d’attraper ses vêtements. Une troisième tasse de café, quelques touches de mascara sur les cils, une quatrième tasse, les chaussures lacées, le fond de la cafetière avalé, la veste enfilée, et la voilà sortie.
Le trajet en métro ne la débarrasse pas du malaise diffus avec lequel elle s’est levée. Arrivée juste avant l’ouverture de l’atelier, elle esquisse son premier sourire de la journée en voyant que Carine attend déjà devant la porte. Hormis son médecin, c’est la seule personne à qui elle parle de ses insomnies. Même si elles souffrent de maux inverses, elles se comprennent, et surtout nourrissent la même fascination pour leurs rêves. Justement, ce matin-là, Danièle a besoin, entre deux bouffées de cigarette, de se débarrasser de celui qui l’a envahie à l’aube.
– Tu vois, mon frère a toujours été un peu tête brûlée, mais dans mon rêve, je trouvais qu’il y allait fort. Surtout, après toutes ces années sans se voir, il n’avait rien trouvé de mieux à faire que de venir chez moi à cheval, comme si c’était le truc le plus normal du monde ! En plus, au bout d’un moment, je me suis rendue compte qu’il s’était carrément endormi sur son cheval !
– Pour moi, tu sais, tout cela est très clair…
Carine n’a pas le temps de développer son explication : la porte de l’atelier s’ouvre, il faut filer se mettre au travail. Écrasant avec un soupir sa cigarette, consumée jusqu’à la base du filtre, Danièle se dit qu’elle lui téléphonera une fois la journée terminée, pour connaître son opinion sur ce rêve. Les deux femmes, qui ne travaillent pas dans la même pièce, n’ont que peu d’occasions de prendre leurs pauses ensemble, surtout dans une période aussi chargée que celle qu’elles traversent en ce moment. Danièle devra se contenter de la présence bruyante de sa jeune collègue, avec qui elle n’a pas envie d’échanger la moindre parole, fût-ce des banalités. De toute façon, les machines à coudre vont bon train, saturant l’air de claquements colériques, sans respirations suffisamment longues pour permettre les discussions.
Le nez sur sa table de travail, Danièle enfouit son envie de dormir et les images dérangeantes de son rêve sous les chutes rouges et roses de soie et de satin, de tulle et de dentelle et, lorsqu’elle ramasse les morceaux de tissu tombés par terre pour aller les jeter dans la grande poubelle, c’est comme si elle se débarrassait une bonne fois pour toutes de ses préoccupations. La couture l’a tellement absorbée, happée dans l’envie forcenée de maîtriser ses gestes et la douleur de sa main gauche, qu’elle a fini par oublier son réveil pénible.
Et ainsi passe la journée.
Dans le métro, Danièle a réalisé, en lisant la date du journal par-dessus une épaule, que deux mois exactement la séparaient de ses retrouvailles avec son Québécois amoureux, qu’elle n’ose pas appeler son amoureux québécois. Secrètement, elle espère être prise d’un de ces coups de tête qu’elle s’autorise moins souvent depuis qu’elle se sent s’user. Rester là-bas, avec lui, après tout pourquoi pas. Elle finirait bien par ne plus rire de leur accent et par être des leurs, le cœur ouvert en grand même l’hiver, sous les épaisseurs de pulls et de blousons. Rien n’est impossible.
En sortant du métro, elle suit le fil de ses pensées comme une route distraite. Ce qui ne l’empêche pas de remarquer, devant la supérette, la voiture avec le jeune homme. Béatement renversé sur le fauteuil du conducteur, il dort tout le sommeil de la Terre. « C’est le même qu’hier, mais tout va bien, pense Danièle machinalement. Pas de signe extérieur de putréfaction ». Et, aspirée par ses sentiments outre-atlantique, elle continue de marcher. Pourtant, plus elle s’approche de chez elle, plus le souvenir de son frère s’impose, comme pour faire écran à sa joie. Autour de son appartement, le rêve de la nuit précédente rôde encore, en quête d’un nouveau méfait à accomplir.
Essoufflée, elle vient de gravir ses six étages et d’entrer chez elle quand subitement, une panique aussi violente qu’irrépressible éclate dans sa poitrine. Sans plus réfléchir, les gestes désordonnés, elle pose son sac, reprend ses clés, sort en claquant la porte.
Depuis plus de trente ans que son frère est décédé, Danièle ne s’en est jamais tout à fait remise. Un beau jeune homme adulé par les siens, unanimement aimé par ceux qui ne le connaissaient qu’à peine, un amuseur de foules qui, plutôt que chauffeur routier, aurait tout aussi bien pu, avec un peu d’entraînement, prendre la succession de Coluche.
Les mains de Danièle tremblent tellement qu’elle renonce à verrouiller son appartement. Elle manque de s’effondrer dans les escaliers – affolées, ses jambes, désaccordées, presque désarticulées, ses jambes.
Un jour, sur une aire d’autoroute où ses pitreries étaient connues de tous, le frère de Danièle était resté endormi jusque tard dans la cabine de son camion.
Dans la rue, elle traverse le boulevard en trombe, entre des klaxons furieux, saute par-dessus le caniveau plein d’eau, réussit à esquiver deux jeunes cadres cravatés, s’agrippe à un poteau pour ne pas perdre l’équilibre, rentre de plein fouet dans le corps mou d’une grosse dame, pour enfin arriver, hors d’haleine, au bord du malaise, devant la supérette.
Les autres routiers, goguenards, avaient regardé le frère de Danièle, riant de voir qu’il n’en faisait encore qu’à sa tête avec les horaires, sans se douter une seconde que ce matin-là, le clown avait rencontré la faucheuse : rupture d’anévrisme.
Devant la supérette, la voiture stationne toujours au même endroit. Le siège conducteur, redressé, est vide.
Meryem de Lagarde
En s’arrêtant à une terrasse de café on sort du mouvement continuel de la ville et de la marche, on se met sur le bord, on écoute comment se prolonge la vie à l’extérieur. Bière jaune, marroniers brulés, un opentour à deux étages passe sans personne à l’intérieur. Sur la banquette au fond de la terrasse où je me suis assise, un vieux Libé plié, du 28 décembre 2007,
La durée légale du travail en France vit-elle ses derniers instants ?… François Fillon se demande « à quelles conditions de validité devrait être soumis un accord d’entreprise, pour qu’il puisse librement déterminer les règles applicables en matière de durée du travail…
Rectangle d’ombre rouge produite par le store, un groupe d’antillais sur le trottoir, et leurs voix, pleines de trainailles et de science sur tout.
Volutes, torsions, drapés, gestes en tensions, bustes contorsionnés, les personnages du char de la place de la nation sont dissimulés par des feuillages…
On se croit sur la rive d'un fleuve. On dirait toi, arrivant de l'autre côté de l’avenue large, jambes solides sur série de bandes blanches,
… autrement dit : comment supprimer la durée légale du travail, seuil à partir duquel sont comptabilisées les heures supplémentaires et leur majoration à 25 % ?
Visages incroyables qui passent devant moi, volumes des têtes détourées par un soleil bas, je regarde ouest-nord-ouest. Le soleil attrape ceux qui arrivent et brûle leur dos. Chaque visage provoque un coup imperceptible à l’intérieur, chaque visage sombre.
Une fille blonde nie quelque chose en bougeant son profil allongé, un homme avec un blouson, entre lunettes et moustache, à qui sa maigreur donne un air emprunté, un très vieil homme serre une bouche sans lèvres, un homme jeune, immense, me jette un sort en m’apercevant le regarder, un autre à la peau cuivrée écoute ses talons sur le macadam, un peu d’or au cou d’une chemise noire, une femme au visage maigre, aux pas mécaniques, tord une bouche qui réfléchit…
… une durée légale du travail à un niveau plus élevé que 35 heures, ferait faire des économies au gouvernement. La trente sixième heure serait une récupération par l’état d’impots sur le revenu…
Une voiture de police avec une rampe de lampes clignotantes hurle. Des rescapés de l'autre rive abordent en s'étirant. Deux filles jeunes, débordées par un flot parlé, absorbées. Des gens aux visages pensifs s'embarquent pour traverser.
… ces heures travaillées au-delà de la trente-cinquième heure ne bénéficieraient plus du régime de la loi Tepa, et des avantages qui y sont attachés : exonérations de cotisations sociales et défiscalisation…
Des foules de feuilles oblongues conversent avec un vent doré. Pascale m'a dit que tous les marroniers de Paris étaient malades :
- Regarde leurs feuilles rabougries… Il n'y en a plus pour longtemps !
Vissée sur ma banquette je n'irai pas voir derrière quelle construction le soleil bas bascule. J’imagine que tu t’assois à mon côté, que tu raconte une blague, la bière pétille dans les chairs obscures, et hors du store, le soleil oblique marque autour des gens leurs figures enluminées,
… ce n’est pas la durée légale du travail qu’il faudrait augmenter, mais d’une manière générale, les possibilités d’agir…
cette dernière phrase, c’est moi qui la murmure à la fin du texte imprimé que mes yeux ont parcouru. C’est mon commentaire, ou comment je situe l’article à l’intérieur de la réalité de l’avenue large et du jaune pollué. Suggérée par le journaliste, Luc Peillon, cette phrase dessine ma position, assise à une terrasse, entre ceux qui marchent et ceux qui parlent, essayant d’agir…
Largeur de l’avenue-fleuve devant l’ombre du café. Le soleil rase encore la ville, flot de lumière jaune et polluée, les voix des gens à la terrasse, chacun prend des nouvelles, des détails de l’autre, comme autant de points précis à vérifier, et moi, repliant le journal sur le siège d’à côté, vide, je me remet à chercher les détails d’un corps sans bornes, celui de ton histoire passée…