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Les ateliers d'écriture 2007-2008


 

L'Hippocampe a proposé deux ateliers d'écriture de septembre 2007 à juin 2008: "Petites Proses", animé par Brigitte Gyr et "Le récit en chantier", animé par Sigrid Baffert.

Les ateliers se sont tenus au Studio Le Regard du cygne, rue de Belleville à Paris 20°, ils ont accueilli à eux deux une quinzaine de participants. Une lecture publique des deux ateliers a eu lieu le 6 juin au Théâtre des Quarts d'Heure, 6 Square des Cardeurs à l'invitation de l'association Un Poumon pour Saint-Blaise.

D'autres ateliers d'écriture ont eu lieu en partenariat avec des associations ou institutions. Animés par Michel Marx et Silvia Radelli, ils ont concerné des enfants et des adultes du 20° arrondissement de Paris. Voir dans Mémoire de l'Hippocampe, Les ateliers de quartier.

                                                                

"Récit en chantier" – le récit de l'atelier, par Sigrid Baffert

Récit en Chantier est un atelier ouvert à toute personne désireuse d’écrire qui s’est tenu deux fois par mois de septembre 2007 à mai 2008. Avec le stylo comme truelle, maintes questions : le commencement, la narration, le point de vue du narrateur, la mise en chair du personnage, le rythme, la temporalité ou le suspens.

Les participants ont beaucoup changé au fil des séances. Une constante pourtant : l’écoute et le respect. L’extrême diversité des plumes a offert un ciment créatif très riche pour cette "maçonnerie des mots". Et si l’écrivain que je suis est restée à la place du « contremaître », ce fut avec humilité. Car pour une fois, je ne me suis pas posé la question de l’échec ou de l’ego. J’ai goûté au plaisir de l’échange et de la contradiction. J’ai appris à lâcher prise pour cueillir le surgissement. J’ai parfois accepté d’oublier le but. Et voilà au détour d’une proposition : l’inattendu.

Vient le moment de soumettre sa création au regard de l’autre, la lecture à haute voix, temps nécessaire de l’atelier. Des expériences concrètes : pourquoi ce texte résonne-t-il mieux au présent qu’au passé ? Pourquoi ce point de vue est-il plus intéressant qu’un autre ? Ce narrateur-ci ne parasite-t-il pas le récit par trop de commentaires qui se substituent à l’action et nuisent à la liberté de penser du lecteur ? Pourquoi ce personnage n’est-il pas habité ? Pourquoi cette fin est-elle inaboutie ?

Certains textes ont été bâtis individuellement, d’autres sont nés d’un réel travail « d’équipe », mettant en scène des intrigues et des personnages tricotés par divers imaginaires, comme des golems de mots, chacun rebondissant sur l’idée de l’autre. Car l’histoire se nourrit d’elle-même. Parfois se sont bâtis des récits chorals, articulés autour d’un thème commun. Quand l’individuel trouve sa place au sein du collectif.

Texte choral écrit à l'atelier: « Une seconde, une minute, une heure… »

Lynn

En une seconde…

Elsa

J’ai croisé cette fille devant la bibliothèque Sainte Geneviève, et j’ai dit, sans l’avoir regardée, sans même me semble-t-il l’avoir vraiment vue, alors sans l’avoir reconnue ça va sans dire, comme une question j’ai dit : « Eugénie ? »

Anne-Lise

Je cours, je vais rater mon train, je traverse sans regarder. Il y a une voiture qui roule à vive allure. Elle ne m’a pas vu et moi non plus. Trop tard, j’ai juste de le temps de voir défiler ma vie.

Boris

Tremblant sur la pointe de ses pieds, les bras tendus aussi, Jean lâche les pattes du petit chat qui jusqu’alors ne s’était pas débattu. L’animal, vif, regarde d’abord sous lui, le sol. Très sûr de lui ou très naturellement, il fait en premier pivoter le haut de son corps. Dans un mouvement ample ses pattes arrière tournent aussi comme reliées par un ressort. Au niveau du premier étage il s’est remis dans le bon sens. Lorsqu’il touche le trottoir il semble se poser avec élégance et un tout petit cri étranglé. Encore moins surpris, Jean se dit que les choses se passent comme elles doivent se passer.

Lynn

En une seconde, j’ai ouvert un œil et je l’ai refermé.

Lynn

En une minute

Elsa

On s’est dévisagées, scrutées, analysées et elle a dit mon prénom, doutant certes, mais déjà sur une piste sérieuse. Il m’a fallu un moment pour comprendre que c’était bien elle.

Anne-Lise

Il est 17 h 52. Je suis à l’arrêt de bus. L’indicateur de temps indique, prochain bus dans une minute. Il pleut. J’essaye de m’abriter mais les gens sont agglutinés sous l’abri. Je suis trempée. Ouf, le voici qui arrive !

Boris

La grande barrique en chêne a un nom, elle s’appelle Stéphanie aussi. Le viticulteur l’a baptisé en son honneur le jour de sa naissance. Elle est grosse et cerclée de fer, le robinet à sa base semble aussi très gros. Par son embouchure coule un Bourgogne foncé qui s’écoule dans la vidange, ça éclabousse. Attentive la petite fille regarde le grand crû se perdre sous le mur du fond du chai. L’odeur est forte et connue mais pas vraiment agréable. Les dernières gouttes se précipitent dans un grand glou-glou. Stéphanie sait maintenant ce que cette jumelle avait dans le ventre.

Lynn

En une minute j’ai rendu la monnaie de sa pièce à Confucius et lui ai dit d’aller se faire voir !

Lynn

En une heure…

Elsa

Au café on s’est raconté nos vies, comment on en est arrivées là, l’étonnant hasard, qui s’avèrera n’être qu’une détermination socio-psychologique, qui nous amène devant la même bibliothèque de la capitale, et l’on découvre que plus encore, à deux ans d’écart, nous avons effectué précisément le même parcours.

Et puis le café payé, on échange nos numéros. On va se revoir, c’est sûr.

 

Anne-Lise

Je dispose d’une heure avant que les enfants ne sortent de l’école. Je vais aller faire les magasins. Il faut que j’achète une paire de chaussures à Chloé et un maillot de bain à Héloïse.

Boris

La voix du prof d’histoire envahit la salle qui résonne trop, la craie crisse un peu, elle est rapide. La basse Egypte et sa couronne rouge, la haute Egypte et sa couronne en pain de sucre, l’Antiquité remplit le tableau jusqu’a ce qu’il n’y ai plus de place. Le prof y fait alors une révolution à coup de brosse et l’histoire reprend son cours et ses temples et ses hiéroglyphes. Il veut finir avant que la cloche ne sonne. Il va vraiment trop vite, à part le premier rang personne ne se souvient de Louxor lorsqu’elle résonne.

Lynn

En une heure, tout peut être fait. Tout peut être défait.

Lynn

En une année…

Elsa

On s’est revues plusieurs fois cette année là, et la magie retombée des retrouvailles, il s’est avéré que malgré - ou peut-être à cause de – la similarité dans nos études et nos aspirations, nous n’avions rien à nous dire. Nous nous sommes donc vues de moins en moins, jusqu’à reperdre le contact.

Anne-Lise

ça faisait un an que je préparais ce concours. J’avais travaillé d’arrache-pied. J’étais prête. Le jour J arrive. Un jury : 3 hommes. Ils m’ont déstabilisée en deux secondes. Une année de travail pour rien.

Boris

L’immeuble d’en face est tombé assez vite. Ses quatre étages pourris sont partis dans nombre de camions bruyants. Les pelleteuses ont creusé les fondations du parking. En mai la grande grue est installée, elle décharge les cloisons préfabriquées et les tombereaux de ciment. Des hommes casqués et gantés assemblent les sept étages de la résidence de standing dans la chaleur étouffante. En décembre elle est finie, on décroche le grand panneau avec son dessin ensoleillé. Ma cuisine est à nouveau sombre pour longtemps.

         Lynn

En une année, tout a été fait. Rien n'a été fait.

          Lynn

En mille ans…

Elsa

Saint Augustin avait bien sué sur son bouquin, et puis d’autres moines qui l’avaient copié, et d’autres encore étudié, jusqu’à ce que, une fois l’éducation laïcisée, des étudiants boutonneux y planchent et puis, progressivement dans le dernier siècle, des filles. Et voila comment Eugénie en avait fait le sujet de sa thèse, me démontrant par là que nos chemins divergeraient désormais : Saint Augustin m’ennuyait, elle m’ennuyait, et je décidais de cesser mes efforts et mes études pour aller dans le vrai monde.

Anne-Lise

Je me promenais dans un parc et me suis adossée contre un arbre. J’ai dû m’assoupir et le gardien m’a réveillé pour me dire que cet arbre était très vieux, très fragile, et qu’il ne fallait pas le toucher. On dit qu’il a été planté il y a 1.000 ans.

Boris

Même au début il avait beaucoup aimé être un vampire. La fin du Moyen-âge avait été assez drôle pour qui savait s’amuser. La Renaissance et les grandes guerres européennes lui avaient permis de voyager et de découvrir beaucoup de façons de mourir assez drôles. A l’époque moderne il avait goûté les joies des nouveaux raffinements, et ne s’ennuyait toujours pas, il mordait encore avec entrain. Mais au début du 21éme siècle, alors qu’il regardait à la télé un débat sur la fin de la fin de l’histoire, il sentit quand même une sorte de lassitude l’envahir.

Lynn

En mille ans, les remords laissent placent aux regrets…

Auteurs : Lynn Dussault, Anne-Lise Lapert, Elsa Rattoray et Boris Mélinand. (Avec leur autorisation)


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Juillet 2008, L'Hippocampe sur Radio libertaire _____________________________________________________________________________________________________
Dominique Dussidour, lue par Laurent Grisel.    
 
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