"Ecrits pour la Fraternité"
"Etre un enfant aujourd'hui, ici et ailleurs dans le monde"
10 séances d'Atelier d'écriture et de
parole
conduit par Silvia Radelli
au Foyer du Théâtre des Quarts
d'Heure
6 Square des Cardeurs Paris 20°
en liaison avec la Ligue des Droits de l'homme avec le soutien du Secours Catholique et de la DPLVI
Ce sont des enfants jeunes, des quartiers Saint-Blaise et Python-Duvernois - certains amenés par l'association Mission Possible qui s'occupe de prévention de
délinquance, d'autres venus tout seuls - qui se sont finalement inscrits à cet atelier Ecrits pour la Fraternité dont nous pensions au départ qu'il intéresserait des adolescents.
Yasmine, Nassim, Mouloud, Carlo, Marisol, Peeter et Sara ont rebâti un monde « vu d’en haut » et vu par eux, une Afrique verte, un pôle bleu tout en bas, des champs partout et y ont fiévreusement
planté ce qui leur semblait important : un mélange d’idées entendues, de révoltes personnelles et de rêves réparateurs. Il y a été question de vaccins, de santé, de réconciliation, des garçons et
des filles, d’amitié, d’école, de maisons et des parents.
Silvia Radelli leur a laissé la liberté de leurs jugements à l’emporte-pièce, de leur mémoire imaginaire et de leurs utopies. Elle les a laissé être
politiquement incorrects, contradictoires et intempestifs. Elle a recueilli et donné forme à ce bouillonnement en respectant chacun de ses constituants. Ils l’ont aimée pour
cela.
Ainsi est né Etre un enfant aujourd’hui, ici et ailleurs dans le monde, d’un petit groupe d’enfants tombés de partout dans deux petits quartiers du 20°
arrondissement de Paris. D.Saulnier
Bilan des premières séances
par Silvia Radelli, 24 février 2008
Un « atelier d’écriture » ne ressemble à rien d’autre, pas même à un autre atelier d’écriture. J’ai beau le savoir, je me laisse à chaque fois surprendre.
Cette fois, ce sont les participants qui m’étonnent. Ils sont contents d’être là, ils réfléchissent, oui, sur
le sujet « Etre un enfant, ici ou ailleurs dans le monde » mais ils ne veulent pas écrire. Ils veulent parler, dessiner, colorier, découper, écouter de la musique. Nous faisons tout cela, nous
parlons, nous dessinons, nous colorions, et nous écoutons de la musique. Quand une idée de texte surgit, ils me demandent de l’écrire sous leur dictée. Je ne le fais
pas.
Ils sèchent, se confrontent à leurs mots, leurs idées, et surtout, leurs émotions. C’est bien cela qui s’inscrit dans cet
espace autour de ce groupe d’enfants : des émotions. Colère contre les injustices repérées ici ou ailleurs, mais satisfaction aussi de prendre conscience que la résistance est
possible.
Au terme des quatre premières séances, les enfants avaient chacun écrit un texte. Court, mais très personnel. Pas de texte commun
donc.
Nous avons réfléchi à la manière de créer un seul objet avec l’ensemble de leurs dessins, coloriages, découpages,
histoires.
Finalement, nous avons retenu l’idée d’une maquette du monde. Sur un grand carton, nous collons des bouts de tissus de couleurs et
textures différentes, représentant la diversité des pays. Nous intégrerons les personnages dessinés et découpés par les enfants, en situation de vie quotidienne, ici ou
ailleurs.
Nous ne voulons a priori pas légender la maquette « parce que de toute façon, tout change tout le temps dans les pays et ce n’est
pas important de savoir où ça se passe, il faut juste que ça ne se passe plus » (une fillette).
Une partie de la surface du carton est destinée à recueillir des extraits des textes écrits.
Mais nous devons nous voir encore cinq fois, tout peut changer…
Bilan final,
par Silvia Radelli, mars 08
Lors des séances, les enfants ont beaucoup parlé. J’ai eu la sensation qu’ils abordaient le thème de l’enfance maltraitée pour la première fois, en tout cas
pour la première fois aussi librement. D’où ma difficulté à encadrer les propos, parfois excessifs, échangés entre les filles et les garçons. Oui, et cela m’a surpris, très vite l’opposition
filles/garçons s’est imposée : « ils sont…, elles sont… ».
De reproches en malentendus, sans même s’en rendre compte, les enfants ont raconté le mal du monde, les guerres, les tensions, les injustices, les abus, les inégalités. Mais les
propos se chevauchaient, se bousculaient. Trop d’émotions, de pensées, de mots. Je leur ai demandé de s’écouter, d’essayer de se comprendre pour comprendre. Pour comprendre ici – nous ici –, et
pour comprendre ailleurs – eux ailleurs. Pour imaginer, aussi : et si c’était eux ici et nous ailleurs ?
Le disque de Dominque Dimey, C’est le droit des enfants, nous a aidés à aborder le thème difficile de l’exploitation des enfants dans tous les
domaines.
Lorsqu’il s’est agi d’écrire un texte collectif, ils ont clairement dit qu’ils préféraient travailler individuellement. J’ai respecté leur choix, mais je voulais tout de même une production
commune.
Finalement, nous avons retenu l’idée d’une « maquette du monde ». Sur un grand carton, des tissus de couleurs et textures différents représentent la diversité des pays. Des personnages en pâte à
modeler « essayent de mieux vivre » sur des terres « colorées d’espoir ».
Un choix de textes et de dessins individuels est annexé à la maquette et un texte poétique dit les inquiétudes et les vœux des enfants .
Enfin, des
mots souvent utilisés lors des débats ont été découpés dans les pages des journaux de la Ligue des Droits de l’Homme et collés sur le carton comme autant de bulles d’oxygène
salvatrices.
Ample notre monde vu du haut, ample, vaste et varié.
Images d’humanité, pâte à modeler.
Ici. Ailleurs. Ici ou ailleurs. Ça se passe comme ci, ou comme ça, bien ou mal.
Très mal parfois. Trop mal, et ça fait très mal.
Travail, exploitation, viol, abus, famine, illettrisme, guerre, enfants soldats.
Ce n’est pas important de savoir où ça se passe, il ne faut plus que ça se passe.
De la discussion naît l’espoir, espoir contagieux,
Terres partout prospères, terres de savoir et d’amour, terres de santé et de paix.
Vaccins, réconciliation, garçons, filles, amitié, écoles, habitat, parents.
Pour toutes, pour tous.Silvia.
"D'une rive l'autre"
10 séances d'atelier d'écriture animées par Michel Marx
Dans ce quartier si largement multiculturel qu'est le 20e arrondissement, l'association Un Poumon pour Saint-Blaise a souhaité proposer aux habitants un atelier d'écriture
sur le thème de la mémoire.
L'Hippocampe associé a été sollicité pour réfléchir conjointement ce projet et proposer un écrivain pour animer l'atelier.
L'atelier est né le 19 janvier 2008. Principalement fréquenté par des femmes, il s'est tenu tous les samedis après-midi au foyer du théâtre des Quarts
d'Heure et a été finalisé le 9 mars par une lecture
publique.
Projet financé par Un Poumon pour Saint-Blaise-Théâtre des Quarts-d'Heure.
La proposition de Michel Marx
"Cet atelier a pour objectif de séparer les modes de perception afin de permettre aux participants
de se libérer des images parasites qui bloquent souvent leur inspiration, allant jusqu'à leur faire prendre l'angoisse de la page blanche pour une incapacité propre. Il permet une réflexion sur
le langage et ses mécanismes, sur la mémoire corporelle, sur le fonctionnement du cortex associatif, et peut en quelques séances provoquer un déclic qui sera alors comme l'accès automatique à
un nouvel outil. Il permet de prendre conscience du processus de l'écriture en tant qu'engagement de soi à soi et, de là, de soi aux autres.
"Après quelques apports théoriques de l'animateur de l'atelier sur la relation entre sensation et écrit, l'atelier se déroule en cinq
phases suivant les cinq sens. Chaque séance est un pas vers la libération d'écrire, en passant par d'autres procédés que les automatismes engrangés pendant des années. Isoler chaque sens permet
de l’appréhender dans tout son potentiel, trop souvent parasité par la superposition des autres sens.
"A chaque séance, chaque participant, les yeux bandés, entre
dans une pièce annexe à la salle d'écriture où ont été
placés, selon les cinq étapes, des objets à toucher, des senteurs, des photos, des objets producteurs de sons, ou des aliments. Il s'agit pour les participants d'écrire non pas comme en un jeu
de devinettes sur les objets abordés, mais plus subtilement à partir des sensations déclenchées par ces contacts. On ne les illustre pas par des phrases, mais on s’en sert comme tremplin pour
se laisser aller dans ce qu'ils provoquent. La plupart du temps, des souvenirs surgissent, selon le principe de la madeleine de Proust, mais ce peut être plus diffus, plus libre, plus
inattendu. Dès que l'expérience a eu lieu, durant un temps déterminé à l'avance et égal pour chacun, le participant retourne dans la pièce principale, on lui ôte le bandeau et il se met à
écrire tandis qu'un autre participant, à son tour, yeux bandés, passe dans la seconde pièce, jusqu'à ce que tout le monde soit passé.
"Puis, quand chacun a écrit et lu à voix haute son texte, l'animateur
cherche les ponts entre les productions et invite le groupe à se prononcer sur les rapports qu'il établit entre les récits, par rapport bien sûr à l'expérience commune vécue. On échange alors
sur le processus interne qui mène à la construction du récit, à sa thématique, à son genre.
"Après la dernière séance, un travail de montage (en commun) peut permettre le regroupement des récits. Une lecture globale peut avoir
lieu, voire une mise en scène.
"Cet atelier ouvre l'accès à des recoins jusque-là peut-être contenus (de la mémoire, du capital émotif, du vécu de chacun, conscient ou
pas), et surtout à une technicité : ne plus considérer l'écriture comme un "amas productif" mais comme un ensemble de particules que l'on peut isoler pour autoriser par leur limitation une
effusion nouvelle."